« Je ne sais pas vous, mais à chaque fois que je rencontre un(e) « ÉNARQUE », je suis toujours surpris par sa capacité à se montrer particulièrement pointu(e) sur les éléments de langage. Anne Lange, qui a le contact facile et non codé, n’échappe pas pour autant à cette règle. »

CERTAINS CROIENT EN CE QU’ILS DISENT, D’AUTRES EN CE QU’ILS FONT!

anne-lange-1Nous rencontrons Anne Lange dans les nouveaux bureaux de sa Start Up Mentis qu’elle codirige au 17, rue du Berger à Ixelles.
Très féminine, avec un subtil mélange de charme et d’élégance très parisienne, Anne Lange nous accueille. Née à Nice, la CEO de Mentis revendique ses origines. C’est lorsqu’elle avait 5 ans qu’au gré d’une mutation professionnelle paternelle la famille Lange monte à Paris. Anne s’adapte très facilement et elle l’exprimera avec beaucoup de philosophie : « Personnellement, j’estime que chaque lieu constitue autant d’opportunité de rencontres ». 
Quand on pose la question à Anne Lange sur ce qu’elle aimait faire quand elle était enfant, la réponse fuse sans l’ombre d’une hésitation : « Mes choix se sont fixés très tôt, j’ai toujours su ce que je voulais dans ce cas précis, c’était Médecin Militaire ou Ambassadrice de France ; et si je ne suis pas Ambassadrice, c’est dû au fait que le Quai d’Orsay interdit au conjoint d’exercer une fonction à responsabilité – jeune mariée à la sortie de l’ENA, j’ai donc fait un autre choix». 
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UNE TÊTE TRÉS BIEN FAITE

Anne Lange choisit en effet une formation générale qui la tourne vers le service public. Après Sciences Po, elle entrera à L’ENA dont elle sortira en 1994. « À la sortie de l’ENA, je prend le poste de tutelle de l’État sur l’Audiovisuel Public et j’y resterai 4 ans. L’un des point d’orgue est que je ferai, auprès du Comité de direction des services du Premier Ministre, une présentation « sur les autoroutes de l’information » ; nous étions alors en 1997… Anne Lange nous confiera : « À cette époque-là, je ne suis pas certaine que les interlocuteurs autour de la table aient vraiment saisi le sens et le contenu de la présentation. Ce premier emploi m’a apporté deux choses principales :
a) rejoindre mes premiers conseils d’administration en tant que représentante de l’État;
b) m’initier au Management.
Le statut de haut fonctionnaire donne accès très jeune à des dossiers passionnants, qui traitent de sujets macro-économiques et multi-dimensionnels où la notion de création de valeur est plus complexe que dans le privé, rivé sur des considérations plus micro-économique. Puis, il y a cette dimension de l’intérêt général dont on ne se départit jamais ».

THOMSON, L’ANTI-MODÈLE DE L’ENTREPRISE

« En 1998, j’entre chez Thomson, ce sera pour moi l’antichambre du secteur privé. Je crois y découvrir l’entreprise, l’avenir m’enseignera que je m’y frotte plutôt à l’anti-modèle de l’entreprise pour trois raisons:
1) La politique de cost killing l’emporte sur l’innovation;
2) Le pilotage du cours de bourse à très court terme l’emporte sur la création de valeur long terme;
3) L’empilement des brevets ne s’accompagne pas d’une vision technologique hollistique sur les solutions complètes qu’ils permettraient de créer. Je suis alors en charge du Planning stratégique, puis du département e-business ; j’assisterai ainsi, impuissante, au fait que nous avions la licence du brevet MP3 qui a fondé l’accès à la musique numérique, mais que le “Lyra” de Thomson est resté confidential face au I-Pod d’Apple qui quelques années plus tard, utilisant ce brevet,bouleverse le marché. Malgré tout, les 6 ans passés chez Thomson furent sans conteste formateurs.

CISCO, QUAND LA VISION DEVIENT RÉALITÉ

San Jose, California, USA --- Silicon Valley around San Jose --- Image by © Charles O'Rear/Corbis

Changement d’entreprise, certes, mais  c’est surtout un changement de « monde » pour Anne Lange. « Aux antipodes de Thomson, nous sommes chez CISCO dans une culture d’entreprise à long terme et de bâtisseurs. Cette vision à long terme se matérialise par une réaffectation des marges dans la R&D, dans le personnel qui est considéré comme l’élément principal de l’actif de l’entreprise – CISCO est à mes yeux une marche forcée (intelligente) à l’innovation, innovation testée par le client qui fait de ce dernier un véritable partenaire.
En 2008, je suis envoyée aux USA – plus précisément en Californie à Palo Alto où j’occupe le poste de Directrice des opérations globales pour le secteur public –, c’est pour moi un choc. Outre la richesse intellectuelle vraiment importante, deux dimensions me fascinent littéralement :
1) Un souffle d’innovation qui transforme littéralement le monde, pas seulement avec internet, mais en bio-tech, en écologie, en agriculture, en tout;
2) les ressorts de l’entreprenariat dans une joie de vivre époustouflante.
Cette période m’a fait beaucoup changer, découvrir de nouveaux amis, en perdre car nous ne voyions plus le monde de la même manière.Ce passage en Californie m’aura donné une tout autre envergure – en 2010, fin de ma mission, je rentre, et c’est le cœur lourd que l’avion me ramène en France.

2010, RETOUR AUX SOURCES ET RÉVÉLATION

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Pourtant, si le départ de SF ne fut pas de gaieté de cœur, le retour à Nice lui mit un peu de baume. En effet, Anne Lange rejoint le centre de Recherche & Développement de CISCO à Sophia Antipolis, et participle à l’élaboration des stratégies sur l’Internet des Objets. Le fossé avec ce qu’elle venait de vivre à Palo Alto est grand. C’est probablement là que se produit une révélation. Un an plus tard, elle décide de quitter CISCO, pour se lancer dans le bain des entrepreneurs et ainsi créer sa propre start-UP, avec un associé ingénieur, qui répond au nom de « Mentis ». « Chez Mentis », on donne de l’intelligence aux données brutes, nous nous sommes spécialisés dans la gestion d’espace urbain afin de permettre aux collectivités locales d’optimiser le trafic, le parking, l’éclairage, la gestion des déchets, etc.

 

« J’AIME LA BELGIQUE ET J’AIME TOUT AUTANT BOUGER »
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Depuis deux ans, Anne Lange vit et découvre avec plaisir la Belgique, malgré de fréquents déplacements entre Paris, Londres, Toronto et Kuala Lumpur où se développent ses principaux projets. Anne a ce besoin de bouger. Il faut dire que ses mandats d’Administratrice (actuellement au Board d’Orange, de Pernod Ricard et de l’Imprimerie Nationale) lui demandent certes du travail mais aussi l’occasion de traverser la frontière à de nombreuses reprises. Cette vie multidimentionnelle lui semble incarner le modèle professionnel du XXI siècle : les frontières s’effacent, les expériences s’enrichissent mutuellement sous l’effet de la convergence des technologies qui rapprochent les mondes et nous forcent à penser autrement.

Stéphane Baudry